dimanche 15 avril 2012

L'Adieu aux armes


Je ne crois pas pouvoir vous expliquer pourquoi.
C’est en la pourchassant que vous saurez l’histoire ;
C’est en la bannissant que la période noire
S’ouvrira devant vous, et que sous votre doigt
Se tracera le sens nouveau de chaque loi
Dont vous demeurerez la vivante mémoire.

Pour conduire un pays à sa libération,
Le héros sait qu’il doit éviter la romance
Qui veut chercher d’où vint la première offense
Ou ce qu’implique chaque élan de rébellion.
Vous, héros, négligez l’excuse et le talion,
Et en votre unité placez votre confiance.

Si vous êtes l’armée que vous m’avez dédiée,
Dans un mystère rien n’est si facile et creux
Que vous attendiez d’un espoir paresseux
Qu’un autre veuille bien vous en donner l’idée ;
Et puisqu’on sait l’énigme à votre vie liée
Céderiez-vous la vie pour arracher l’aveu ?

À cette lâcheté préférez être en tort.
Et si vous n’êtes rien sans savoir qui vous êtes,
Il faut que chaque pas sur ces routes secrètes
Soit autant contre vous que contre le dehors.
J’en appelle à l’orgueil qui lie les rouge et or :
Qu’entre vous seulement se répondent les dettes.

Regardez-moi : j’ai su ! Qu’y gagnai-je, sinon
Pour chaque connaissance une nouvelle ride
Et pour chaque avancée vers la clarté solide
Plus de renoncement au tranquille abandon
Dans les chaleurs du doute et de la déraison
Qui aident le chercheur à se sentir moins vide ?

Peut-être me trompé-je, et ce savoir peut-être
Aura raison de vous de s’être fait attendre ;
Mais vous êtes toujours trop jeunes pour entendre
De ma voix les secrets qui vous auront vus naître
Au milieu du combat qui fera disparaître
Beaucoup de vos amis et de votre âge tendre.

Des fins que je connais, laquelle définir
Comme aurore du sort qui ce soir vous enrôle ?
Je n’en suis pas capable, et ce n’est pas mon rôle :
Tant d’années à choisir quel côté soutenir,
Plus encore à trancher de quoi me repentir,
Pour qu’à ma mort enfin je feigne le contrôle ?

Non, non, vous n’apprendrez que fuir ou que choyer
D’aucun fragment de moi qui dans ce monde reste :
Cette vie épuisée d’un pouvoir qui l’infeste
Et qu’elle a répandu pour ne pas l’employer
Saura bien maintenant se laisser déployer
Mais n’esquissera pas elle-même ce geste.

Tous savent ma puissance et peu savent son prix.
Quand, à ce que je crois sacrifiant ce que j’aime,
Je résiste à l’envie de polir une gemme
À mon front décoré de ce que j’ai appris,
C’est qu’en votre silence est muré mon esprit
Depuis que du remords j’ai subi le baptême.

Je trône au milieu du combat pour toujours.
Je le vois graviter sans pouvoir le rejoindre ;
Parfois, j’y lance un sort ou un mot qui font poindre
En vous l’amour envers la force de l’amour.
J’ai d’autant plus crié que j’étais déjà sourd…
À mon nom vous lierez mon mensonge le moindre.

Même en chantant tout haut cette force profonde,
Je ne peux qu’augurer d’horizons victorieux :
Faute d’avoir compris que tombaient sous mes yeux
Par deux fois les premiers grands esprits de ce monde,
Je serai mort avant que la prophétie fonde
Un futur pour lequel je suis déjà trop vieux.

L’histoire ne dit pas pourquoi Ollivander
Prit un peu de Fumseck pour faire vos baguettes,
Achevant d’enlever de mes mains toutes prêtes
Un pouvoir épargné pour un monde meilleur,
Et à celles de Tom et de Harry Potter
Laissant mon seul ami, ma force, et mes défaites.

C’est pour le mieux, bien sûr. Je ne suis plus certain
De savoir distinguer une paix d’une guerre
Quand pour la paix cerner mon cœur a dû se taire.
Les triomphes amers font le guide importun ;
Vous le savez depuis que de mon sang s’est teint
Le tranquille destin qu’on vous promit naguère.

Je ne regrette pas de manquer la bataille
Qui abandonne enfin les choses en l’état
Après que ma jeunesse à changer s’entêta
– À changer ce que veut dire vivre ; une entaille
Sauvant l’homme de l’homme et de la valetaille
Au cœur d’un temps trop fou pour qu’on s’y reflétât.

Avouez qu’aujourd’hui le règne des ténèbres
Vous force à vivre ainsi que vous le voudriez.
Les foules voient en vous trois nobles guerriers
Défenseurs de ce temps d’avant qu’elles célèbrent,
Et discernent autant les menaces funèbres
Dans l’envie de nouveau que dans les meurtriers.

Je n’avais pas le cœur à tant d’ordre, à votre âge !
Je cherchais à bâtir, loin du vertige ancien,
Un paradis régi par le souverain bien
– Et j’en étais capable ! Et c’était là l’outrage !
Je pouvais tout à fait balayer de ma rage
Les idéaux caducs, et imposer le mien !

Soudain, en m’élevant, je me suis… ébloui…
Pour une perfection par nous deux caressée
Je rêvais des millions l’armature affaissée ?
Et croyais, une fois le doute évanoui,
Éveiller en chaque être un moi-même enfoui ?
Ariana, ma sœur, de quel amour blessée…!

Vous trois saurez les rendre à la voie qu’ils vous somment
D’emprunter avec eux, à leur demi-sommeil.
Grâce à vous s’ébattront sous le même soleil
Le mièvre et l’impotent, les sorciers et les hommes,
Sans jouir de l’énergie qu’en face d’eux consomment
Ces impies si plaisants aux vices sans pareil.

Pour cela, – pour garder le droit de se cacher,
Pour accueillir sa mort et chérir ses barreaux,
Pour aider le vulgaire à crier ses haros
Et défendre des gens si prompts à se coucher
Qu’ils ne regardent pas ce qui vient les faucher, –
Il vous faut une audace étonnante, héros.

Par chance, le vieux fou seul avec son renom
Ne vous reconnaît pas sa morgue désinvolte.
Il lui manquait au jour d’abattre la récolte
La force nécessaire à ne plus dire non ;
Réjouissez-vous, Trio, saintes chairs à canon !
Vous n’êtes révoltés qu’enfants de la révolte.

S’ajoute à la terreur de celui qui s’endort
Au moment d’achever cette dernière lettre
L'absence de conseils ou d’armes à transmettre.
Ce déluminateur, ce livre, ce vif d’or,
Et l’épée enchantée de Godric Griffondor
Éclaireront au moins de quoi se rendre maître.


Message découvert au dos du testament d'Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore (1881-1997) Ordre de Merlin, première classe, Enchanteur-en-chef, directeur de l'École de Magie et de Sorcellerie de Poudlard (1955-1993, 1993-1996, 1996-1997), fondateur de l'Ordre du Phœnix, Président-Sorcier du Magenmagot, Manitou suprême de la Confédération internationale des mages et sorciers. Manuscrit consultable au Département des Archives du Ministère de la Magie, Whitehall, Londres.

2 commentaires:

Ivich D. a dit…

Ah... Je lis ça et je t'aime...

Jilian Essandre a dit…

<3