dimanche 30 décembre 2007

Péripéties petit-bourgeoises

23-30 décembre

Contrairement à tous mes préjugés, le non-dépaysement est venu non pas de ce que Dubaï ressemble à toute autre capitale de pays chaud et le cinq étoiles à tout autre cinq étoiles, mais de ce qu’on y retrouve tout ce qui ne fait pas le charme de Paris transplanté dans une carte postale de mauvais goût. Le service fait constamment preuve d’une remarquable impéritie : il y a, dans cette activité manifestement effrénée de dizaines de petits êtres a priori formés et payés à l’effectuer, et surtout dans le résultat prodigieusement inexistant qui ne manque pas de s’en dégager, quelque chose d’admirable, d’hypnotisant, d’amusant même tant qu’on ne cherche pas avec lassitude un lit à trois du, au sortir de l’avion. Les aéroports étant de toute façon, à part les thaïs, des foutoirs interstellaires, je ne m’étonnai tout d’abord pas de pulvériser tous les records d’attente après l’atterrissage dans celui-ci plutôt qu’un autre, surtout dans un pays aussi gaiement policé ; à l’opposé, encore une fois, de tout ce à quoi je m’attendais, les salles entières organisées pour recevoir les files d’attente n’avaient pour finalité que de permettre le foisonnement improductif d’officiers en costume traditionnel, qui conversaient joyeusement entre eux, sortaient se promener entre les guichets, s’amusaient de l’accent des touristes, pour finalement ne jeter qu’un coup d’œil vague sur leur passeport. Mis à part les minuscules aéroports de l’intérieur du Viêt Nam, je n’en avais jamais vu qui ne rende pas obligatoire le passage des sacs aux rayons X ; je mis d’autre part un certain temps à comprendre que les employés en blanc qui marchaient ne surveillaient rien, non, ils marchaient. Et le tout aussi peu découverts que leurs femmes, de sorte qu’il n’y a ici strictement rien à mater, que leurs montres exhibées, et les touristes.

Heureusement, en étant, nous les suivons. Déjà à l’enregistrement à Paris, un charmant blond en slim noir trop large, que j’ai suivi jusqu’à l’embarquement. Vans, mais magnifique mouvement de chevelure, à seize ou dix-sept ans il aura une coupe seizième. Dans le taxi vers l’hôtel, une petite belge de mon âge, haut moulant rouge et cheveux lissés, que l’attente de ma mère fumant exaspérait adorablement. Et de l’autre côté de la terrasse, près de la piscine, le jeune garçon que je dirais allemand à l’entendre – mais pourquoi pas polonais, ce serait un comble –, la peau pure, un peu mate, le soleil couchant s’en pourlèche ; je l’observe à demi au travers des feuillages, pour ajouter à son innocence. Sa cambrure parfaite, le ciel qui s’y écoule clair comme ses yeux vers ses parents qui le distraient de quelque niaiserie, sa bouche trop rouge s’entrouvrant trop à rire, ses cheveux d’or foncé que l’humidité frise réveillent malgré tout l’image de la pomme. Cet écart du monde, cette caresse dans l’air, ce benêt allégorique de lui-même, trop jeune encore pour que même moi je le Veuille, ne serait-ce pas le bonheur infini que d’obéir à chacun de ses commandements dépourvus de sens, de lui offrir ses tourments et ses morts, d’envahir sous ses ordres et succomber surtout, jusqu’à ce que par superbe caprice il nous éventre par centaines de son sourire éclatant ?

Je continue à le regarder avec abandon. Sans compter que j’ai bien moins la mine d’un pervers que, par exemple, le russe ventru là-bas qui persiste à lancer ses deux filles dans l’eau dans un immonde ballet freudien, l’ange est après tout face à ma suite, laquelle donne immédiatement sur le plein milieu de la gigantesque piscine, et c’est donc tout naturellement que je la considère comme ma piscine. Mais chasser les intrus reviendrait à leur adresser la parole, et j’emploie déjà toute ma force à activer ma mélanine. Et puis, ça me permet de les mépriser à loisir, ce dont j’ai bien besoin pour compenser tous les défauts de cet hôtel. Je suis sans cesse atterré par le niveau de l’installation et du service : l’équipe de ménage ne fait pas la terrasse, c’est à deux mètres à l’extérieur de la salle de bains que les interrupteurs en sont stupidement placés, il n’y a pas de luminaire de plafond, dans aucune chambre, la baie vitrée donnant sur la terrasse ne ferme pas complètement, il n’y a pas de lecteur dvd (!!!), pas de peignoirs, pas grand-chose dans le minibar… autant d’imperfections qui s’ajoutent à la formidable contre-productivité de toute le personnel, dont je ne parviendrais jamais à détailler toutes les aberrations – mais enfin il leur faut quarante minutes pour presser un citron et deux mangues, non mais c’est quoi leur problème ? Tu leur demandes un cendrier, ils vident le plus proche – limite par terre – et te l’apportent ; une bouteille quelconque, tu as le droit à deux verres, le troisième boit au goulot je suppose ; quelque victuaille, et jamais il ne leur viendra à l’idée d’apporter des serviettes sur le plateau. Crise de fou rire avec mon frère et ma mère lorsqu’en tentant de commander un kir royal un serveur me répond qu’il n’en reste plus, et me propose, à la place, du champagne…

Pour leur défense, les autochtones (Dubaïais ? Émiratiens ? Arabes Unis ? je ne sais pas au juste et je m’en fous) ne sont pas les seuls à perturber ma quiétude, bien qu’ils y mettent indéniablement tout leur cœur (en installant les tables pour le dîner du restaurant d’à côté dès midi en les raclant consciencieusement sur le sol dallé dans un sens et dans l’autre pendant trois bonnes heures). Il y a souvent, notamment, au bord de la piscine, deux grands gamins bodybuildés qui participent largement au bordel ambiant par l’expression exubérante d’une gaieté de nouveau couple de nouveaux riches. Ils m’ont l’air roumains mais ils seraient même yougoslovaques que ça n’entamerait pas le froncement affolant des fesses fermes au possible au-dessus de leurs maillots de prolétaires, ou les monumentales colonnades bronzées de cuisses au-dessous. S’ils me prenaient sur-le-champ d’un seul coup, l’un ou l’autre ou à la fois qu’importe, je les mépriserais sans doute un peu moins. Le plus musclé, épilé et bronzé des deux, que je trouvais sexy jusqu’à ce qu’il éclate de rire, a cependant une façon de tenir sa clope en se penchant sur le côté qui me laisse penser qu’il aime se faire enculer. L’autre verrait alors peut-être un peu excusées ses casquettes repoussantes.

Toujours est-il qu’ils font beaucoup de bruit, et qu’ils sont plutôt ridicules à s’éclabousser ainsi. Si une seule goutte de cette eau froide m’atteint, je leur balance mon champagne à la gueule. Mais voilà Tadzio qui va entrer dans l’eau : il se prépare, hésitant, frémissant à l’idée de ne pas y être assez au chaud mais mourant d’envie d’y plonger ; en tremblant il se mouille encore un peu, pousse un petit cri, se retire… Il se secoue à nouveau, effleure la surface ; puis l’envie est trop forte et il y pénètre d’un seul coup. Mon regard voilé suit ses va-et-vient passionnés, jusqu’à ce qu’il jaillisse en dehors, s’essuie, se rhabille et me quitte. Je le reverrai demain…

D’ici là, séance shopping à l’un des malls les plus proches : le difficile est de ne pas se jeter sur ce qui soudainement a l’air un peu moins laid que le reste. Sérieusement, qui vient faire ses courses ici ? La plupart des frusques ne sont même pas mettables, ou alors d’une sobriété telle que les hommes d’affaires doivent passer leurs vacances à acheter les fringues qu’ils sont bien heureux d’être obligés de mettre le reste de leur vie, n’ayant pas le goût requis pour en choisir d’autres. Il n’y a pas un chat, du reste. Deux ou trois burkas tout au plus. Je déniche quand même un haut rouge assez craquant, une paire de Diesel – je suis entre deux pointures, comme d’habitude, mais elles sont vraiment mignonnes – et un sweat à capuche qui m’aurait rendu tout simplement à violer sur place si là encore ils avaient la bonne taille, hallucinant à quel point ils n’ont aucun stock, tant pis je le prends quand même, je le ferai rétrécir.

Petit frère par contre n’a rien trouvé du tout – il est vrai qu’il est encore plus emo que moi, c’est-à-dire plus punk-pédale que goth-fashion, aussi ne porte-t-il que des fringues de groupes / à rayures / noires ; cela dit il met énormément de Celio aussi, plus que de raison en tout cas – je ne le comprends que juste assez pour pouvoir lui voler ses plus beaux ensembles. Ça, et le fait que ma mère et moi déployons cette semaine tout notre potentiel de langues de putes envers le manque de politesse, d’efficacité et de bon sens élémentaires des employés divers, lui fournissent des prétextes pour justifier aux yeux de notre bien-aimée mère-poule son air de déprime. (Parce que contrairement à moi, petit frère a hérité de la profonde gentillesse de maman, tandis que j’ai obtenu la susdite langue de pute, et ne supporte pas que l’on dise du mal des gens.) Je suis sûr qu’il déprime : lui qui, déjà habituellement, est sujet à un perpétuel recroquevillement plutôt déroutant, que n’arrange en rien sa coupe à un œil, se montre très renfrogné depuis le repas de Noël ; quelque appel et caprice ou larme de sa copine lui aura porté le vague à l’âme – pas très longtemps heureusement. À noter que la fille en question est fan de Tokio Hotel ; il n’en résulte jamais rien de bon. Ou bien me trompé-je complètement et il est vraiment gay, après tout je ressemble autant à mon parrain qu’il ressemble à son mec, et alors cela explique tous ses transports pour les chanteurs emo bien plus clairement.

Le dîner de Noël aurait de toute façon déprimé n’importe qui, même si la bouffe est ici plutôt bonne (si l’on excepte évidemment ces fruits qui ont l’apparence du melon, la consistance de la pêche et la saveur exacte du vomi, mais que l’on rencontre de toute façon au moins une fois par hasard, par inadvertance et par séjour dans un pays tropical), et bien que la farandole de renforts de serveurs en livrée rouge pour l’occasion suscite chez moi un amusement certain. Le petit orchestre s’apprête à m’ennuyer de nouveau, je sens que je vais entendre Besame Mucho une troisième fois… Et mon éromène est beaucoup moins joli avec des vêtements. Tout m’afflige, etc. (Je suis là de fort mauvaise foi mais la mort de Julien Gracq, et son timing désastreux aussi bien pour les fêtes que pour les concours, m’a laissé un goût amer, et aucun foie gras pour me l’enlever.) Ce dîner aura au moins eu le mérite de voir arriver une famille de scandinaves : deux fils aux attitudes de footballers ; l’aîné, blond – encore – a des cheveux superbes bien que courts, une cravate à damiers qui fait pâlir mon frère, et une coupe risquant de dégénérer en mulette du pauvre mais pour l’instant très savoureuse. Ils sont laids, par contre. Le lendemain, je les rencontre au bord de la piscine: la désillusion est vite réparée par les lunettes de soleil, qui font parfaitement illusion.

Amusant d’ailleurs de constater combien des Ray Ban ou des Dior rendent la plupart des gens hautement regardables. Les miennes ne me servent que pour maintenir mes cheveux en arrière, pour faire bronzer le front – et oui, pour sécher l’acné. Aux côtés de tant de laids, je me sentirais beau. Je méprise à tour de bras, avec mon jus de citron. Il faut dire que je suis sur Le Rouge et le Noir, et qu’outre la prose de Stendhal que je n’aurais pas assez de prose pour décrire, Mathilde de la Mole réveille en moi toute la Narcissa Malfoy que les fanfictions recréèrent : je me sens très aristocrate. J’en vouvoie Mère.

Il vaut mieux pour tout le monde que le soleil demeure, y compris pour nos hôtes, qui sont parvenus à paraître mille fois plus pitoyables et risibles qu’à l’ordinaire lors d’un court passage de pluie. Je ne détaillerai pas tout le déconcertant de leurs manières lorsqu’ils laissent les transats se tremper et pensent les faire sécher ensuite en tapant dessus. Mais la panne d’électricité qui survint quelque trois heures après la fin de cette averse même pas tropicale nous donna l’occasion de faire la connaissance d’un électricien très singulier, qui fut charmant, beau, et dont l’anglais pour une fois parfait s’agrémentait d’une voix et d’un accent identiques à ceux de Mohinder Suresh ; ce qui fit presque oublier qu’il était venu en expliquant la panne par l’infiltration de l’eau de pluie dans les circuits électriques, fait assez peu rassurant somme toute pour un cinq étoiles – qui décidément ne les mérite pas.

Mais pluie ou pas, après cinq coupes de champagne, je suis toujours fort triste de n’avoir personne à caresser et à qui dire je t’aime. Stendhal décharge ces transports. Et si ma prose est véritablement loin de valoir ses mots, elle n’a guère à apprendre de celle de Nerval: je lis Les Filles du Feu sur le retour, et après ceux de Richard Marienstras et Tristan L’Hermite, c’est de ceux que je connais le livre le plus navrant et le plus ennuyeux.

À part ça, les avions de Emirates sont fantastiques, il y a notamment un choix prodigieux de films dont on peut contrôler le déroulement par écran tactile (ce que je n’avais jusqu’alors jamais cru envisageable en vol) : avec High School Music Hall 2 à l’aller et Hairspray en rentrant, je suis doublement fou amoureux de Zac Efron.

lundi 17 décembre 2007

Épithalaphe

Épithalaphe

Je sombre évaporé dans une mer de douleur
J'éructe, calamités instables en ton sein,
Les douleurs qui m'écrasent aux douleurs de chacun
Tout éclate : j'arrivai priant l'excavorteur,

Murs concentriques en feu s'affaissant sous mes pas
Et la nuit, ver odieux des profondeurs noires d'air,
Percutant l'effraction du corps vide dans ma chair,
Je, fragile effréné, je crépuscule d'en bas

D'un délire iridescent que le pluriel corrompt
J'arrivai dans un cri pour fondre en l'embrasement
Faut-il que givrent un temps les milliers de lueurs,

Que cèdent les orages que pourtant le corps rompt,
Pour que dans le tragique de l'épreuve du sang
Je sombre évaporé dans une mer de douleur ?




lundi 10 décembre 2007

Longtemps, je me suis coupé du bonheur

Je n'arrive pas à m'intéresser à l'histoire ou à la géographie parce que je ne vois pas pourquoi il faudrait parler du passé pour expliquer le tout, ou pourquoi l'avant et l'ailleurs seraient plus intéressants ou pourquoi même il y aurait plus de choses dans une Histoire ou une planète que dans tout infime instant. Je n'arrive pas encore à me lasser des perceptions qui tourbillonnent les sens les essences, je suis souvent incroyablement fasciné par le crayon qui crée, à partir de presque rien, tant de lignes, et par le geste qui fait les mots, je ne m'y suis jamais habitué. Les cohues sont subjuguées par ces quelques circuits qui en font des millions au travers les mondes, mais la feuille qui fut blanche et qui contient tout, c'est à ça seul que je ne me ferai jamais. Et même en face de moi il y a là une table, une fenêtre, deux napperons quelques bougies, un de ces arbustes curieux, décharnés et biscornus, dont je n'ai jamais su le nom, celui-ci se tord vers la lumière de la pluie et il y a là un dessin, un tableau, un film, un rêve, une musique ou mille sur le bord, une explosion de quelque chose, même pas d'envers de décor. Le caillou au-delà, poli, n'est rien d'autre qu'un diamant et pourtant m'émerveille.

Je m'émerveille si facilement peut-être parce qu'il n'y a jamais eu de promesse d'émerveillement, parce que rien n'a jamais été loin, parce qu'on m'a tout montré. Je me rappelle assez bien des journées entières à regarder l'eau des nuages couler sur une vitre, aussi précisément, c'est-à-dire aussi diffusément, que celles à sentir l'eau du Mê Kông couler sous la barque, et il y avait la même vie dans ces gouttes tristes au bleu caché que dans la tempête boueuse enfermée sous la surface (*). Je m'en souviens si mal, de ces temples, de ces pagodes. Angkor même, et ses éclatants hybrides de pierre et d'arbre aztèque. Non, c'est faux, Angkor est déjà à part, déjà à Angkor je savais regarder, déjà je savais voir et je savais qu'il fallait voir, et je l'ai vu tel que personne ne pourra plus le voir. Mais jusqu'à un peu avant tout participait du même émerveillement, continu, rayonnant, les variations n'avaient lieu que par les émotions partagées. Je n'ai compris que bien plus tard pourquoi mon parrain m'en avait tant voulu d'avoir esquivé plusieurs visites de temples de son pays, et lui n'avait pas compris que je n'y aurais rien trouvé de plus qu'en attrapant quelques pokémons avec mon frère.

C'est l'Asie du Sud-Est aussi qui m'a donné l'habitude de voir et d'être regardé. Je ne sais si j'ai jamais été un enfant modeste ou discret. Je ne sais pas vraiment si en classe je savais que je trônais, et que c'était ce que j'y aimais. Mais c'est là-bas, au Viêt Nam surtout, en marche ou en pousse-pousse, ou partout ou en voiture aux rares feux rouges des villes en sable, que j'ai été donné à regarder, qu'il m'a été dit que je devais l'être, et même plus jeune encore tout le monde voulait toucher ma peau, j'étais blanc si blanc, blanc de marbre, d'albâtre, albe atroce, Albatros, exilé sur le sol au milieu des nuées je n'étais pas encore heureux d'émerveiller, les merveilles étaient calmes et frémissantes et j'avais peur des regards dressés contre les miens. Ce bonheur d'émerveiller je ne crois pas le connaître aujourd'hui. D'ailleurs j'ai vendu mon blanc terrifiant contre un peu de chaleur : je ne suis plus que pâle.

Il y a eu un instant où l'émerveillement n'était plus si systématique et évident et où je n'avais pas encore peur de la mort. Ç'a été l'instant où j'ai eu le plus besoin des autres, où j'attendais d'eux, où donner ne suffisait pas.

Mais j'ai vu le plus bel endroit de la terre, j'y suis retourné, j'y reviendrai. C'était au Viêt Nam encore, et je n'ai pas dormi pendant deux semaines pour contenir le débordement d'émerveillement, j'implosai, je retrouvai l'immensité naïve, je tentai sans succès de me rattacher à la tristesse réconfortante, je me débattais chaque aube, j'ai tout embrasé en moi pour résister à l'holocauste sublime et je n'ai pas résisté, j'ai tout perçu, j'ai tout percé à nouveau dans le jour. Je veux retourner à Nha Tran, en face, sur l'île de Ninh Van.



(*) Je viens de lire L'Amant

samedi 24 novembre 2007

Je est un autiste

20 novembre

vrille tractée aux airs d’enfant
s’envêtemant des centations
vivifiction des mnémographes
égotrillons des pluriscèses.
ô varices truculemment
disposées au seuil des scipions,
érigez les sardanagraphes
au lieu de résonner l’ivrèse.
Ne pas geindre ! Éviter sciemment
les penchées sursubstantations,
et véraciter l’irisée échappée circonspecte automatique et voulue

circulaire aux alentours

accessoire.

J’ai rien à dire.

mardi 13 novembre 2007

Sonnet sans images

Parce que ç'aurait été impossible en prose.
Poème que je prévoyais depuis quelque temps, et qui m'a pris, contrairement à ce que je pensais, un temps fou à écrire (sauf le Six, mais faut pas lui dire). Quintessence bloguistique puisque de moi, à moi, pour moi, soit fort abscons s'il en est, pis que mallarméen en somme et fort peu autotélique, même si l'ineffable est assez devinable.


Sonnet sans images

À moi-même ou plus tard

Un. D'or, repris, perdu, rangé, nu essaimé,
Mais d'or d'étain qui dort, éclat des coups calmés.

Deux. Ionique écroulé de cime en boucles lâches,
De noir en loin, s'évoque, et, distrait, les attache.

Trois. S'envole et la voix, des clameurs l'estuaire,
Élance une morsure aux accents fauve clair.

Quatre. Instar des sommets à l'égérie, désiste
Le mellifluent vrai des langueurs trismégistes.

Cinq. Ivresse buvant le long sang des velours,
Muscadin dédiant ses jeux aux premiers jours.

Six. Diffusément clos, d'amples cercles gravitent
Déversés à l'envers des glaces qui s'imitent.

Sept. Surface du haut feu figé froid feu blanc,
Frégate déjà pour qui se penche au versant.

Ta seule Étoile est morte ? Eh bien, trouves-en d'autres.
Je constelle mon luth plus que le ciel n'en porte ;
Savoir faire briller les coeurs que l'on m'apporte,
C'est vous scintiller miens alors que je suis vôtre.

vendredi 2 novembre 2007

Gerbe le con qui sort, le soir et, fonçdé, boit



C'est nul. And so was I.




Courte extase excipient d'excellence expurgée
Résonnent les échos des gares dépassées
Le glacier déplacé comme tous les glaciers
Jeune iceberg, aujourd'hui passager sans passage
Sans indice élogieux de son retour solaire
Anéanti avant son départ imminent
Et moi fondu enfin lorsqu'il ne fond jamais
M'éloignai bien avant que la glace s'embrase
Et bien avant surtout que rien du tout s'embrase
"Le sort encore alors s'acharne sur moi seul" ?
Non - c'est ce qui m'écharde et me fige toujours - :
C'est moi seul qui m'acharne à rompre tous les sorts
Résolument médiocre et rien de très utile
Cette fois cet échec rassure, étincelant,
L'innocent sans un risque, et les deux statuaires
Les silences de neige évaporés soudain
Le frigorifié mais pas frigide éclate
De rire, et puis tant pis retournons au volcan
La suite des stations s'égrène dans le vide
Le stjärngosse est celui qui s'en ira demain.

dimanche 14 octobre 2007

Gêne, laisse ou décore l’espoir aux faux déboires

Je l'ai toujours dit, le meilleur endroit pour composer, c'est en classe (ou en avion). À la fois seul au centre de la multitude/ et multiples auras parmi les unités. (Exilé sur le sol au milieu des nuées.) Mais au-delà du sommeil, des profs qui parlent trop fort, des cours malencontreusement intéressants, voire utiles, des potins à collecter: un poème un tant soit peu régulé c'est quand même pas évident.

Superposition des strates esthétiques
Archaïstique estoc de sybarite essence
Surfaite mélopée dodécasyllabique
Antique architecture où les vers font les sens

Surtout que depuis une dizaine d'années, le summum du respect est généralement attribué aux holorymes, qui influencent assez intempestivement, incomplètement et sans but

En parler c'est trahir le transparent du cœur,
Empaler c'est jouir au travers de ta sœur

Et dès lors qu'arrive l'instant où la pensée se déroule en vers, naturellement, inexplicablement, toutes les lectures récentes et présentes déteignent, et les mots du flot magistral se déversent avec elles... Dernièrement, Victor Hugo :

L'hécatonchyre élague œcuméniquement
Les subreptices sons des somptueux amants
Et sur ses pas, ne laisse rien, plus qu'un semblant
Vide, désoxydé, muet, blafard et blanc !

Alors on raye on barre, on efface et ça tracasse, ce vers là-bas ne sert à rien/ oui mais voilà je l'aimais bien... Je le garde pour plus tard...

Finalement Boileau plus ou moins satisfait
Il demeure toujours la question du sujet
- Il faut s'appeler Paul, sortir avec Arthur,
Pour reparler encor de l'âme du poète,
Le placer à la rime avec des gypaètes,
Et que l'on puisse y voir de sa peine l'allure.

Qu'importe l'on se lance toujours, quitte à ne rien dire. Mais entre deux syllabes on lève un peu la tête, une distraction entre deux divertissements... et souvent, autour, dorment ceux qui n'ont rien trouvé à faire, figures paisibles qui se laissent aller et dont on protège le repos. La conscience asservie par la douce faiblesse devine l'intérieur de ces jambes croisées, imagine à moitié ce qu'on peut y lécher, aimerait esquisser une caresse aimante - l'amour sincère et pur des figures dormantes, dont le doux abandon succombant à l'ennui attire l'attention, le regard et l'envie ; et en plissant les yeux ma main glisse vers l'aine, frôle la courbe douce, effleure les reins beaux... Où trouver son Ennui seul avec telle scène, qui peut-être vraiment dévoile un creux de peau ?

...Et puis, le plus beau, c'est peut-être l'inspiration des autres...

Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes damnées
Avaler n'attend pas le nombre des années

jeudi 11 octobre 2007

J'aime le son qui sort, le soir, de la teboi

Petite playlist (dans un ordre stupide) de ce qui me réveille le matin dans le métro. S'assommer dès huit heures by overloud massive attacks against eardrums, ça fait double effect avec l'overdose quotidienne de caféine pour faire battre mon coeur assez fort pour ouvrir mes yeux. Ce qui donne une sélection allant de la house gentiment péchue à l'electro la plus dangereusement conceptuelle, en passant par des remixes assez hautement improbables.


Alizée - J'ai Pas Vingt Ans [Benny Benassi Remix]
Apoptygma Berzerk – Shine On [House Of Sun Cover]
Attack Attack - Set The Sun [Klaas Mix]
Benny Benassi - SatisfAction [W. MegaMix by Armand Van Helden]
Bloc Party - Banquet [Phones Disco Edit]
Cabin Crew by Sunset Strippers - Falling Stars (Stars To Fall) [Mike di Scala [vs] Paul Smith Jr. Remix 12" Edit]
Cascada - Everytime We Touch [Jack H's Ascension Mix]
CRW - I Feel Love [Aaron McClelland Remix]
Danzel [vs] DJ F.R.A.N.K. – My Arms Keep Missing You
David Guetta - Baby When The Lights [Dirty South Remix]
DHT – Listen To Your Heart [Techno Remix]
DJ Sammy by Brisby & Jingles - Heaven [Tim Verba Remix]
DJ Sonar for Tecktonik Killer – Y.R.M.L.
Greg Cerrone – Pilling Me [Klaas Remix]
Hardrox - Feel The Hard Rock [Heiko & Maiko Remix]
Jesus Complex – You Must Die
Justice – Let There Be Light
Justin Timberlake - LoveStoned [Tiësto Remix]
Kelly Clarkson - Since U Been Gone [Jason Nevins Radio Edit]
Kortezman [ft] Rozalla - Everybody's Free [Klaas Remix]
Loituma - Leva's Polka [DJ Flatline's Hardcore Mix]

Michel Sardou - Les Lacs Du Connemara [DJ Dim's Pumpy Mix]
Miles Dyson [vs] Blende - Massenbewegungsmittel
Modeselektor -
Kill Bill Vol. 4
Modjo -
Lady (Hear Me Tonight) [Electro Remix]
Nightwish -
The Phantom Of The Opera [Trancelectro Remix]
Paris Hilton - Nothing In This World [Jason Nevins Mix]
Pony Pony Run Run –
First Date Mullet
Rihanna -
Unfaithful [Tony Moran & Warren Rigg Remix]
Sandstorm [vs] Blow Your Mind [vs] Zombie Nation [vs] Blade –
The Happy Hardcore Techno Megamix
Supermode -
Tell Me Why [Jimmy Somerville Cover] [Heiko & Maiko Remix]
Technoboy -
Ravers Rulez
The Migrants -
I Thought That [Boris Dlugosch Instrumental Remix]
Utah Saints - Take On [The Theme From Mortal Kombat]
Yelle - À Cause Des Garçons [TEPR's Alternative Tecktonik Remix]

(Je rajouterai des liens... bientôt)
(non mais là ça me soule)

Tiens j'en profite pour faire de la pub pour le premier podcast carrément écoutable de mon ami le TCK sauvage (lequel me fait dire qu'il ne l'est pas, mais il refoule) :


Et sinon le matin j'écoute aussi Of Montreal, Mindless Self Indulgence, Linkin Park, Mika, les Scissor Sisters, les Sex Pistols, My Chemical Romance, Panic! At The Disco, David Guetta, Escape The Fate, Good Charlotte, Thousand Foot Krutch, Mylo quand je suis pas trop fatigué, From First To Last quand j’ai pas trop l'usage de mes conduits auditifs dans la matinée, Antonin Dvorák, Tiësto, Radiohead, Incubus, Keny Arkana...
... et puis la Video Version de Rette Mich de Tokio Hotel, le single des 15 ans de Bill, enregistré en plein milieu de sa mue, avec à la fois les premières suavités graves, les écarts aigus et l'éraillement oscillant, mon dieu quand même.

lundi 8 octobre 2007

J'aime le goût du sucre sur les fraises des bois


Au moins, je suis majeur, et un petit bourgeois majeur ça a du fric à dépenser – hm, il faut que je m’achète des frusques mettables, mais j’ai aussi bien besoin de gigolos, et puis des enceintes iPod moi aussi ya pas de raison, et Tempus Fugit, et un voyage au Six Senses de Nha Tran, non en fait je dois acheter cinq ou six nouveaux meubles pour redécorer mon bureau donc ça va attendre un peu.

En attendant j’ai un nouveau chat :

Parme-Anadyomène de la Bellaudière de la Fontaine des Iris
née le même jour qu’Harry Potter

Oui elle s'appelle Parme et c'est une chartreuse, ce qui est à la fois cocasse et raffiné. Lorsque j’ai adhéré au groupe fesse bouc All You Need for World Peace is a Cute Kitten je ne me doutais pas de que à quel point la vérité était vraie. Soirée chez moi samedi pour la Saint-Bruno (oui toutes les raisons sont bonnes) (mais Bruno c’est notre prof d’histoire sexy adoré alors) : les trois quarts des gens, definitely, sont fous amoureux des chatons, et ça marche aussi pour les overmachos sexy mais car hétéros, « minou miiinouuuu »… D'où, forcément, son surnom de Parmistice. (Ce qui, décidément, est cocasse et raffiné)

Comme le montre ce post court et solitaire je n’ai guère le temps de m’adonner au bloggage compulsif. Mais pour remplir la case octobre, après avoir bossé un peu (genre deux jours), je vais quand même revenir placer une playlist.


jeudi 27 septembre 2007

À consommer de préférence avant hier

TROP TARD.

Depuis une minute précisément, oui évidemment j’ai triché sur l’heure, votre serviteur est périmé, ne vaut plus rien – si tant est qu’il eût jamais valu quelque chose, oups il eût mieux fallu que je n’introduisisse pas de subjonctif, maintenant le grand vainqueur du Picto Patato chez Obion va plus vouloir me souhaiter une joyeuse péremption, tant pis trop tard aussi.

Non mais sérieusement, mon enfance est terminée depuis un bout de temps, mais là pour la première fois de ma vie, je me sens vieux. Quoique pas tellement vieilli, mais périmé : dix-huit ans, c’est tellement vide, convenu, tout le monde a dix-huit ans, et j’ai beau adorer le 8, le 18 est le contraire de l’infini. Si exact si distinct si peu distingué. Si formel, informe, surfait, évident. Dix-sept c'est impair, c'est autotélique, c'est premier ! Dix-sept c’est le serpentement sybarite au sein de la stricte esthétique, la distraite satisfaction des cicatrices de l’adolescence, la secrète certitude de l’estime astrale ; et là destitution, ostracisme. Dix huîtres : c’est visqueux, c’est hésitant, dix-huit c’est féminin en plus.

Et ça c’est censé tomber sous le sens mais c’est assez pour encenser des tombes : dix-huit c’est l’âge des responsabilités. On est jeune on est fou, on est plein de liberté physique à expérimenter, mais peut-être que je préfère en avoir le cœur pas net. Et oui je sais je dois apprendre à conduire, à me repérer, à voter, mais j’ai la khâgne en ligne de mire, j’ai trop à lire, j’ignore la lyre puisque j’aligne les rimes loin d’être dignes, alors je crois qu’encore une fois je vais remettre mon courage à demain.


Hm, pas trop de regrets cependant. C’est vrai, j’ai retrouvé toutes mes photos des dernières vacances : je n’ai été ni un joli gosse, ni un préado baisable, et encore moins un ado stylé, finalement c’est peut-être la moins pire des phases, même si elle s’annonce avec une acoustique regrettable. Trop tard, tant pis. C’est moins anodin pour ceux qui ne peuvent plus consommer sans dégoût au regard de la date limite de fraîcheur – de toute façon j’ai fait vœu de chasteté forcé. Je me demande jusqu’où je pourrais aller d’ailleurs, mais comme pour la clope, je suis pas sûr qu’il soit astucieux de profiter de la prépa pour arrêter la masturbation.

J’ai l’esprit tout embrumé, embué, obstrué par un grand vide, à force de trop réfléchir, Victor Hugo m’a brûlé autant de neurones qu’il a fait de vers, et dans mes dissertes j’ai du mal à ne pas écrire en ancien français ; alors je vais attendre octobre, le mois du 8 bien qu’il soit le dixième, pour réflexionner sur des trucs intéressants… comme le vide, justement, ou bien le nombre de mes amours qui s’enfle tant qu’il rattrape celui de mes œdipes, ou une playlist classieuse comme en font les gens classieux, ou des jeux de mots idiots mais littéraires, ou un tas de listes stupides.

dimanche 23 septembre 2007

deejay deejay


DOM JUAN

Et bien, je te donne la liberté de parler, & de me dire tes sentimens.

SGANARELLE

En ce cas, Monsieur, je vous diray franchement que je n’approuve point vostre methode, & que je trouve fort vilain d’aimer de tous costez comme vous faites.

DOM JUAN

Quoy? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour luy, & qu’on n’ait plus d’yeux pour personne? La belle chose de vouloir se picquer d’un faux honneur d’estre fidelle, de s’ensevelir pour toûjours dans une passion, & d’estre mort dés sa jeunesse, à toutes les autres beautez qui nous peuvent frapper les yeux. Non, non, la constance n’est bonne que pour des ridicules. Toutes les Belles ont droit de nous charmer, & l’avantage d’estre rencontrée la premiere, ne doit point dérober aux autres les justes pretentions qu’elles ont toutes sur nos cœur. Pour moy, la beauté me ravit par tout où je la trouve ; & je cede facilement à cette douce violence, dont elle nous entraisne ; j’ay beau estre engagé, l’amour que j’ay pour une belle, n’engage point mon ame à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le merite de toutes, & rends à chacune les hommages, & les tributs où la nature nous oblige. Quoy qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je voy d’aimable, & dés qu’un beau visage me le demande, si j’en avois dix mille, je les donnerois tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, & tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à reduire par cent hommages le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrés qu’on y fait ; à combatre par des transports, par des larmes, & des soûpirs, l’innocente pudeur d’une ame, qui a peine à rendre les armes ; à forcer pied à pied toutes les petites resistances qu’elles nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur, & la mener douvement, où nous avons envie de la faire venir. Mais lors qu’on en est maistre une fois, il n’y a plus rien à dire, ny rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est finy, & nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos desirs, & presenter à nostre cœur les charmes attrayants d’une conqueste à faire. Enfin, il n’est rien de si doux, que de triompher de la resistance d’une belle personne ; et j’ay sur ce sujet l’ambition des Conquerants, qui volent perpetuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se resoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrester l’impetuosité de mes desirs, je me sens un cœur à aimer toute la terre ; & comme Alexandre, je souhaiterois qu’il y eut d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquestes amoureuses.



On sait que Dom Juan est un grand frigide, puisque contrairement à tout mec lambda, il s’intéresse moins à l’accomplissement qu’à la méthode. En somme, un pur esprit. Oui, oui, ou un homosexuel refoulé, mais qu’il est triste de ne voir que cette raison à ses tergiversations libidineuses ! Pourquoi pas un véritable amoureux de l’amour, un sans cesse séduit, un passionné de l’instant, un émerveillé paroxystique ? D’aucuns (encore et toujours lui) s’éprennent de l’importance d’être constant ; mais Dom Juan a raison de ne voir en la constance que mensonge – qu’est-ce sinon la tyrannie de la première venue ? Dom Juan, démocrate de l’amour ! Et dans la constance, même épisodique, plus d’attente : plus de cette frustration effrénée qui fébrilise toute passion, ce frétillement impétueux du balancier avant qu’il n’atteigne son plus haut degré ; et quand bien même la constance serait ce plus haut degré, Dom Juan et moi vous le laissons,
parce qu’il n’est rien de pire que de se savoir accompli,
parce qu’il est impossible de croire en l’accomplissement,
et parce qu’à quoi sert de connaître tous ces jeux d’entrechâssements de courses et d’attentes, si c’est pour les survoler les éluder et ne pas les étudier, ne pas les vivre enfin ? car le pur de l’amour, c’est la peur de la mort.

Le bonheur n’entre pas en ligne de compte, dans le dom juanisme. La volonté de puissance non plus, quoiqu’il soit facile de l’en rapprocher, et de la mettre en parallèle avec certaines de ses paroles les plus célèbres. On a tort de donner son nom aux séducteurs, qui sont éternels possesseurs : Dom Juan est moins séducteur qu’éconducteur, et loin de l’état d’esprit du possesseur. Dom Juan offre, parce que Dom Juan est amour, Dom Juan se déverse…

Heureux les amoureux, car le royaume des cieux leur est connu ! ; heureux soient-ils de connaître ce qui peut être perdu ! Heureux les sceptiques de l’amour, car il leur est encore permis d’espérer ! ; et oui, peut-être ceux dont le blindage pèche face aux vicissitudes circonvolutionnesques des faiblesses sentimentales sont-ils les plus purs, et les plus crus, et les moins croyants.

Dom Juan aime, plus que tout plus que tous, il est donc il aime, il aime donc il panse et cajole et adore avec mille précautions tous ces objets de passion, et tous avec cette sincérité déroutante, inexplicable. Amoureux, il l’est réellement, il ne sait faire que ça, mais est-ce sa faute si aucune n’est capable d’appréhender cet oubli de soi jusqu’à l’oubli du corps ? est-ce sa faute si pour toutes, la possession physique est l’ultime aboutissement, le seul qui fasse foi, le suprême don, alors que lui n’est que don, et partant n’en a que faire ? est-ce sa faute enfin si elles tentent tant l’absolue conquête, si elles désirent plus que tout la possession de cet insaisissable, qui ne demeure insaisissable que parce qu’il ne sait que s’offrir ? Laquelle a jamais compris que dans l’amour à deux il n’y a qu’amour de soi, et que Dom Juan s’offre trop infiniment pour se chercher dans les yeux qu’il croise et éblouit ? Laquelle a jamais saisi que si jamais elles ne l’auront jamais tout à elles, elles l’auront pourtant tout entier ? Le nom de Dom Juan est devenu l’absolu opposé de ce qu’il signifiait – ce magnifique qui péchait par défaut d’égoïsme…

Il y a peu de lui au Christ. Plus encore : tandis que le Christ enseigne, ordonne, Dom Juan se saigne et donne, sans prétendre détenir solutions ni satisfactions. Il laisse les conclusions survenir, les choses arriver, et répugne à perdre son temps en préceptes et explications lorsqu’il peut tenter de propager ses amours. Peu s’en faut que le libertin n’appliquât (*) ce que le libérateur théorise ; mais l’affirmer serait oublier que Dom Juan n’en a probablement pas conscience – il lui faudrait pour cela réfléchir sur lui, donc se centrer sur soi – et qu’il suit certainement en cela son désir (son besoin ?) de déversement de son trop-plein d’amour.

Dans la pièce, il est manifestement plurisexuel ; on le verrait aujourd’hui facilement bisexuel, et plus justement encore omnisexuel, puisque pourquoi cet être frontiériserait-il ses penchants (penchants parce qu’il s’y penche pour s’y déverser) ? Mais je préfère encore le voir sexuel, juste sexuel, simple sexuel et sexuel frigide. On reconnaît d’ailleurs dans ses tirades d’éloges émerveillés quelque chose de la considération esthétique de l’homosexuel face à une belle femme. Désintéressé – bien que ce terme ôte à Dom Juan toute la passion de sa quête : il n’est justement que ce miroir voyageant aux bords des routes et qui éclaire de mille feux les beautés qu’il peut refléter, et tout ce que ses rencontres ont d’intérêt – en elles-mêmes. Oui, il se voit Alexandre, se voit voler de cœur en cœur, mais c’est parce que, loin de les vouloir avoir, il veut les faire briller.

(*) ceci n'est pas une faute

jeudi 13 septembre 2007

Panélégyrique

C'est bien la khâgne, les profs sont juste assez intéressants pour qu'on s'endorme pas, et largement assez lents pour qu'on ait le temps de s'occuper en poétisant distraitement. Dernière production donc : un petit sonnet terminé en une dizaine de jours.

Comme j'étudie dans la seule filière où l'on entend le terme "hapax" plus de cinq fois par semaine, je connais tout bien par c
œur les codes de la versification et donc je sais que c'est un sonnet semi-shakespearien en alexandrins mais à tercets irréguliers à rimes alternées et embrassées dont la dernière masculine augmentée et la dernière féminine équivoquée et rimes brisées suivies. Et quand on sait ça, on est vachement content.

Non sérieusement, je l'aime bien ce sonnet, il a un système de sons, de rimes, de rythme et de jeux de mots particulièrement abouti, j'en suis plutôt fier.


Panélégyrique

Si la plainte est facile, l'élégie l'est moins.
Vos larmes versatiles vaudraient Lamartine
Quand son mal émouvant s'entremêle en collines
Tout en chateaubriant sur les vallons au loin ?

Ce qu'hélas votre peine à peine scandée tresse,
Lorsque votre cœur saigne un lyrisme estrophié,
C'est couché par écrit, ou plus souvent rampé,
Qu'on le trouve fleuri aux lieux où l'idée cesse.

Pérennité volage de vos pâles nuits,
Irréparable outrage aux cimes des abîmes,
Dans pas un des neuf cercles votre œuvre ne luit ;

Face aux Ennuis des siècles vous n'êtes qu'ennui ;
Aux pensées exotiques vos fleurs bleues s'abîment ;
Vos artistocratiques vues font qu'on vous fuit.

vendredi 7 septembre 2007

rechute et retombées


Juste un message pour dire que je suis heureux


dimanche 2 septembre 2007

Incinérez Zarathoustra

Si le nietzschéisme est tellement à la mode qu'il en devient vulgaire, c'est parce que ce bon vieux Friedrich est un génie farabuleux, vous dites-vous en vous-mêmes, jeunes lecteurs à l'oeil fou. Mais c'est aussi parce que Nietzsche, c'est un grand malade. On n'imagine pas à quel point ça peut donner n'importe quoi.

Pour vous en convaincre, voici quelques extraits de son Zarathoustra, de la quatrième partie plus précisément, celle où manifestement, il s'est lâché.

*

Zarathoustra, faut pas le faire chier : « Arrête de clapoter à ce propos, espèce de nuage de pluie en pleine matinée ! »

*

Comme beaucoup de prophètes errants, Zarathoustra a une façon particulière d’exprimer sa joie : « Qu’est-ce que je viens d’entendre? répondit Zarathoustra : quelle sagesse pour des rois ! Je suis ravi, et en vérité ça me donne envie de faire quelques petits vers là-dessus. »

*

Et Zarathoustra continua son chemin pensivement, s’enfonçant toujours plus profondément et plus loin dans les forêts et le long de fonds marécageux ; mais comme il arrive à qui pense à des choses difficiles, il marcha par mégarde sur un homme. (Ah oui moi aussi c’est pareil, quand je réfléchis je me retrouve toujours à marcher sur des gens.) Et voyez, un cri de douleur, alors, deux jurons et vingt graves insultes lui jaillirent au visage : de sorte que dans sa frayeur il leva son bâton et frappa encore celui sur qui il venait de marcher (normal). Mais aussitôt il retrouva ses esprits ; et son cœur rit de la folie qu’il venait de commettre (il a un humour un peu spécial, Zarathoustra, les prophètes en fait ils se tordent de rire devant Vidéo Gag).

« Pardonne-moi, dit-il à celui qu’il avait heurté et qui s’était levé plein de colère et s’était assis : pardonne-moi et écoute d’abord une parabole. » (Heureusement que Zarathoustra il se balade en forêt et pas en banlieue, parce que un wesh qui t'agresse après que tu l'as poussé, tu lui dis "jeune ami, avant de me racketter, écoute donc une parabole", il va croire qu'en plus, tu l'insultes)

*

Dans ce nouvel épisode, Zarathoustra rencontre Lord Voldemort : «Qui es-tu donc ! s’écria le vieux magicien d’une voix pleine de défi, qui a le droit de me parler ainsi à moi, le plus grand qui vive aujourd’hui ? » - et de ses yeux un éclair vert jaillit en direction de Zarathoustra. (AVADA KEDAVRA)

*

Un exemple de remarquable trait d'humour nietzschéen : « Pour parler entre trois yeux, dit le vieux pape, devenu gai (car il était aveugle d’un œil) […] »

*

Mais comme le chemin tournait autour d’un rocher, le paysage tout à coup changea et Zarathoustra entra dans le royaume de la mort lequel est comme chacun sait habilement camouflé derrière un rocher. Paye ta transition.

*

Le mendiant volontaire dégoise : « Populace en haut, populace en bas! Qu’est-ce que c’est aujourd’hui « pauvre » et « riche » ? Cette différence, je l’ai désapprise, – alors j’ai fui, loin, toujours plus loin, jusqu’à venir auprès de ces vaches. »
Ainsi parla le débonnaire (qui longtemps s’était couché) (pardon), et il se mit lui-même à souffler et à transpirer en disant ces mots : de sorte qu’à nouveau les vaches furent frappés d’étonnement (c’est vous dire l’ambiance).

*

Zarathoustra, 58 ans, diététicien : « Tu me sembles plutôt homme à te nourrir de plantes et de racines. Peut-être écrases-tu des graines. Certes, tu es ennemi des joies carnivores et tu aimes le miel.
- Tu m’as bien deviné, répondit le mendiant volontaire, le cœur soulagé. J’aime le miel et j’écrase aussi des graines car je cherchais ce qui a bon goût et qui rend l’haleine pure (eh oui en fait ce chapitre c’était la pause pub pour Ricola)

*

Le mendiant volontaire, il sait parler aux prophètes : « Toi-même tu es bon, et meilleur encore qu’une vache, ô Zarathoustra !
- Va-t’en, va-t’en ! vil flatteur ! cria Zarathoustra plein de colère, que me gâtes-tu de telles louanges et d’un tel miel de la flatterie ! »

*

L'ombre : « Je suis un voyageur qui a déjà beaucoup marché sur tes talons : toujours en chemin, mais sans but et sans domicile : et peu s’en faut que je ne sois l’éternel juif errant, sauf que je ne suis pas éternel et pas non plus juif. » (C’est malin)

*

Zarathoustra reconverti en emo des bois : « Que m’arrive-t-il ? Silence ! Quelque chose me pique, – ô douleur – au cœur ? au cœur ! Ô brise-toi, mon cœur après un tel bonheur, après un tel coup !
– Comment ? Le monde ne vient-il pas d’atteindre sa perfection ? Rond et mûr ? Ô cercle d’or, cerceau – où s’envole-t-il ? Vais-je lui courir après ! Passé !
Silence… » (et ici Zarathoustra s’étendit et sentit qu’il dormait). (Il est très fort)

*

Et puis des fois, Zarathoustra a vraiment l’air nazi : « Ce qu’il y a de meilleur me revient à moi et aux miens ; et si on ne nous le donne pas, nous le prendrons : la meilleure nourriture, le ciel le plus pur, les pensées les plus fortes, les femmes les plus belles ! »
Ainsi parlait Zarathoustra ; mais le roi à droite lui répondit : «Comme c’est curieux, a-t-on jamais entendu de telles choses aussi astucieuses sortir de la bouche d’un sage ? »

mardi 28 août 2007

Schrödinger avait raison


Je commence à en avoir marre, là. C'est n'importe quoi cette histoire.

Je veux dire, tu rentres de Sicile, tranquille, bronzé. (Bon bronzé dans mon cas ça veut dire livide au lieu de transparent, genre "ah mais t'es resté à Paris toi ?", genre "Mais c'est pas possible d'être plus blanc que ça, t'es pas bronzé" "Tiens regarde la marque du maillot" "AAAAAh" *fuit*, mais bronzé nonobstant.) Donc tu rentres de vacances, tu réintègres la casba, tu redéranges tes quartiers oranges. Tu es content car ton père a enfin fini de déménager et il ne reste presqu'aucune de ses affaires gênantes, y compris sa présence. Et en plus il fait beau sur la capitale pour la première fois depuis vingt mois juste quand tu débarques : jovial tu es.

Sauf que.
Sauf que tu ne t'attends pas forcément à ce qu'il te manque un chat. Non non non. Et pourtant, le fait est là, tu as beau fouiller tous les recoins, il n'y a plus qu'un chat sur les deux. Laquelle (oui c'est une femelle, et l'autre aussi d'ailleurs, mais maintenant, je te le dis, le féminin de chat c'est chat, sinon on ricane gravement quand tu distribues tes affiches de recherche dans les magasins du quartier avec les larmes au coin des yeux), laquelle donc est devenue complètement folle, et ne sait pas pourquoi parce qu'elle est complètement conne (c'est un chat, hein), mais elle miaule à tout va et se meurtrit de solitude que c'en est insupportablement triste et tristement insupportable.

A ce stade-là tu échafaudes des hypothèses habiles. Parce qu'un cadavre de chat, c'est déprimant, mais un non-cadavre de chat, et même un non-chat, c'est relativement pas probable. Alors qu'est devenue la toutoune après quelques jours dans un appartement au cinquième étage blindé ?
La seule ouverture était la terrasse : elle aurait pu sauter et son petit corps déboyauté aurait été gloutonné par les pigeons (j'ai tourné la phrase dans tous les sens, mais raté, elle est toujours pas drôle). Mais c'est quand même peu envisageable, elle a pas sauté en onze ans, elle va pas se prendre l'envie d'un coup comme ça parce qu'il fait pas beau. En plus la terrasse donne sur la cour intérieure, elle aurait pas disparu à l'impact.
Autres hypothèses, sachant que mon père est passé plusieurs fois pour prendre ses affaires et les emmener loin loin dans un quelconque chez-lui :
- il a laissé la porte ouverte (ce con) et elle s'est enfuie. Mais c'est improbable, puisqu'il y a plusieurs portes avant la sortie de l'immeuble, elle serait restée dans l'escalier...
- il l'a écrasée avec son lit et a pas osé nous l'avouer (non mais même objectivement, mon père est une tapette abrutie, on sait jamais) (j'ai assez moyennement gardé cette possibilité, c'est quand même gorissime) (et puis ça aurait laissé des traces de sang sur la moquette)
- il l'a mangée
- il l'a embarquée avec lui, le fourbe
- il s'en est fait des mitaines
Au point où on en est, tu écoutes même tes amis compatissants qui t'assurent qu'elle a été piquée par une araignée radioactive et vogue joyeusement pourchasser la veuve et l'orphelin...

Tu commences à faire des recherches, à poser des affiches, mais le coeur y est moyen, puisque t'as aucune idée du pourquoi du comment, tu es perdu en pleine mystèritude.

Et ce matin, miracle ! Un appel subit d'une vieille dame du coin t'en sort un pitit peu. Madame Mystèritude, c'est même pas une meuf de l'immeuble, style tous les locataires se sont donnés le mot pour te laisser crever dans ta détresse parce que t'es la famille du proprio, j'adore. Aimez les gens. Et alors Madame Mystèritude elle te dit qu'en passant voir une autre pote vieille dame dans la semaine, elle a appris l'affaire.

L'affaire, c'est que mon abruti de père a bien dû laisser la porte ouverte, vu que le chat en question s'est coincé dans un recoin du coffrage dans une cage d'escalier (me demandez pas, je sais pas ce que c'est) (une histoire de fin de canalisation, un truc comme ça). Donc tout le samedi, et tout le dimanche, les gentilles gensses de l'immeuble ont entendu des miaulements terrorisés et éperdus dans un endroit invisible de l'escalier, alors geint geint, grogne grogne. Le lundi, que je t'appelle l'architecte-gérant, et que je te fais envoyer des gens pour chercher le chat paumé.

Mais chaton malheureux, chaton peureux, alors chaton se terre six pieds sous terre et se révèle indémerdablement coincé. Par dépit, les gens envoyés ouvrent deux-trois portes de coffrage ou que sais-je pour que genre le chaton peut sortir s'il lui prend l'envie de gambader attraper des souris entre les étages.

Le jeudi, le chat est toujours coincé, miaule toujours bien que assez moins fort, le pauvre. Locataires : soupire soupire, geint geint, grogne grogne, que je t'appelle les pompiers (il était temps, plutôt). Pin pon et hop hop, les pompiers déboîtent tout, sauvent habilement le chaton, et tout aussi habilement, le laissent s'échapper dehors. Parce que c'est vrai, faut comprendre, un pompier, c'est musclé, c'est sexy, c'est plein d'uniforme, c'est viril, ça te sort dans les bras de la maison en feu, mais contre un féroce chaton armé jusqu'aux griffes, c'est complètement démuni. Alors voilà-t-y pas que le chat véloce sème tout le monde et s'en repart vagabonder dans Paname. Je te rappelle que ce qui passe devant l'immeuble, c'est la nationale. Youpi youplà tralala.

A ce stade du récit de Madame Mystèritude, tu hallucines quand même un chouïa, sans champignon ajouté, et tu déprimes un tout ptit chouïa aussi, vu que ton chat pur pedigree d'appart depuis 1812 promène son pelage obscur dans la jungle obscure de la ville obscure dans la nuit noire (et obscure).

Je passerai sous silence (c'est une figure de style : en fait je vais le dire juste après) la sollicitude naturelle des Parisiens et banlieusards (tu vois ? c'est rusé hein ?), pas seulement des locataires, mais aussi des commerçants avenants, parce que comprends-tu, monsieur client, c'est hypeeeeeer pas possible de placer votre avis de recherche, comment voulez-tu qu'on aille gâcher la belle vitrine avec une intolérable petite feuille blanche où ya même des mots, et à part ça c'est sur place ou à emporter ?


...Alors en désespoir de cause :
Nous recherchons notre chatte noire échappée dans la région de la place Marcel Sembat à Boulogne-Billancourt, perdue depuis le 23 août. Elle porte une tache blanche sur le cou, et le code CAD750 tatoué dans l'oreille droite. Si vous avez une quelconque information, merci de me contacter quelque part, genre ici. Récompense possible à la clef, en espèces, nature, tapis, tableaux, capotes, bijoux, CD, meubles, murs, toits...

dimanche 26 août 2007

...s'assemble

le 18 août 2007

La lecture croisée permet des rapprochements involontaires, aléatoires et auxquels on n'aurait jamais pensé autrement. Ainsi, après avoir fini la deuxième nouvelle de L'Exil et le royaume de Camus, intitulée "Le Renégat (ou un esprit confus)", je passe sans le faire exprès au chapitre "Des Renégats" d'Ainsi parlait Zarathoustra. Et dans les deux la même idée des dieux multiples qui se proclament seuls maîtres, du Dieu jaloux bafoué, du Dieu unique grotesque, et du rabattement insensé et creux des questions universelles que plus personne ne se pose. A la fin de la nouvelle, le renégat meurt étouffé par le sel où il avait été (et s'était) enfermé ; à la fin du chapitre, Zarathoustra renie les renégats et s'en retourne chez lui, dans sa solitude.

Autres rapprochements improbables : Oh Mother, de Christina Aguilera, a exactement la même mélodie que le francocélèbre Vois Sur Ton Chemin des Choristes - quelqu'un peut-il m'expliquer ? Et il y a aussi cette chanson d'Elton John, Whispers, qui emprunte les trois quarts de ses accords au thème de Maya l'Abeille... sans compter que Philadelphia Freedom, du même, c'est quasi le thème principal du jeu Grandia...

Dans un semblable ordre d'idées, les derniers hasards de l'ordre aléatoire de mon iPod, lequel, on le sait, peut se montrer fort facétieux :
- lors du décollage, Out Of Touch (la chanson house débile et génialement dansante de Dave Amestrong, reprise par les Uniting Nations)
- à l'amorce de l'atterrissage, Tiësto - Break My Fall : je ne suis pas franchement superstitieux, mais j'ai quand même vite fait zappé
- sous le soleil de midi, sur la terrasse, Heaven's On Fire des Kiss, si c'est pas magnifique !

D'ailleurs, après une courte journée de soleil, je vais déjà mieux : la migraine que je traînais depuis deux semaines a disparu, mes traits sont moins tirés, et même mal rasé et pas épilé et mal coiffé et pas maquillé, je me sens presque beau. Je ne parviens pas à me rappeler depuis combien de temps mes yeux n'étaient plus devenus bleus ; aujourd'hui ils sourient et le ciel y est aussi dénué de nuages que dehors ; je réalise à quel point, même semi-geek, même ultra-nerd, je suis un enfant du soleil, avec toute la dépendance que cela implique.

jeudi 16 août 2007

into The Fray

La Loutre m'avait récemment envoyé l'album, je l'ai laissé traîner parmi les milliers de mp3 qui m'attendent, et après quelques écoutes voilà que le refrain du single s'insère insidieusement dans tous mes silences, quelque chose, je sais pas, une variation dans les voyelles qui s'oublie et s'accroche aux paupières


The Fray - How To Save A Life

samedi 11 août 2007

Sunny, one so true, i love you

« N'était-il pas écrit que le soleil détourne notre attention des choses intellectuelles vers les choses matérielles ? »

Dimanche dernier, 5 août, je me prélassais sous un soleil enfin digne de figurer dans le ciel d'un 5 août, étendu sur ma terrasse avec La Mort à Venise, et je ressentais enfin ce que j'attends de ressentir toute l'année, et ce que j'aurais dû ne cesser de ressentir ces mois-ci, et ce que j'ai cessé de ressentir dès le lendemain, novembre demeure au pouvoir depuis fin avril.

Cette reposante tranquillité lorsqu'on s'allonge dans la chaleur,
lorsque tout l'air
et toute la vie
se prélassent, une douce senteur de surchauffe accompagnant
le silence paisible...
Le corps est tout à fait détendu, à peine présent,
soulevé par les rayons ; et en lui sommeille
une surexcitation contrôlée, une envie bouillonnante de tout à la fois,
et c'est un tel délice de l'évanouir dans tout ce calme,
de l'estomper pour s'évanouir à son tour, et
plus rien que le soleil.
C'est à la fois nostalgie des étés d'enfance, et abandon sans lendemain,
trêve sincère de l'immédiat, et trêve depuis les anciennes trêves,
souvenir à la surface et sérénité soudaine et suffisante ;
et l'on ne craint même que vaguement le coucher, puisqu'il reviendra...
Plus rien n'est rien et puis pourquoi, quoi d'autre :
plus rien que le soleil.

« Alors il avait parfois l'impression d'être transporté dans une région élyséenne, aux confins de la terre, là où une vie de béatitude est réservée aux hommes, où il n'y a ni neige, ni frimas, ni tempêtes, ni torrents de pluie, mais où Okeanos laisse toujours monter la douce fraîcheur de son souffle et où les jours s'écoulent dans les loisirs délicieux, sans peine, sans lutte, entièrement voués au soleil et à son culte. »

Et c'est ce sentiment que j'attends l'an durant,
c'est lui que novembre a volé en revenant.

(La Mort à Venise, chapitre IV)

jeudi 9 août 2007

hier il a grêlé en août

J'ai tant d'articles prêts à l'écriture, tant de livres prêts à la lecture, tant de chansons prêtes à l'écoute, tant de choses prêtes à être connues et apprises, tant d'apparence à capturer, tant d'attention à accaparer, et je passe mes journées à observer sans but et sans motivation, sans énergie, sans personnalité.

Je fais tant de projets qui restent en l'air, je fonde tant d'espoirs que je regarde s'envoler, je reste perdu, bien que sachant où aller, les yeux devant le ciel et le coeur qui s'atterre ; je ne fais que dormir éveillé et me laisse essouffler ; et je joue dans l'amour et je vis la nuit, sans compter sur les jours qui fuient vers septembre.

Je suis entre l'attente des temps libres et la conviction d'y être, exactement entre, c'est-à-dire nulle part.

Si je n'étais pas si encore jeune, je n'aurais aucune raison de vivre.




Edit : Une fois épanché, ça va mieux, merci :)
Edit 2 : Par contre il fait toujours très novembre
Edit 3 : Et je laisse mes posts misérabilistes si je veux.

mercredi 1 août 2007

This rare perfume is the sweet intoxication of love

Je n'arrive à écrire directement à l'écran que lorsque je ne sais pas du tout où je veux aller, ni vraiment d'où je pars. Les impressions émotions pulsions fleurissent toutes seules de-ci de-là et mon clavier leur est directement accessible, je tape maintenant plus vite que je ne pense de toute façon. J'aimerais bien un jour parvenir à cet alliage remarquablement au point de spontanéité et de cohérence qu'affiche perpétuellement mon prof particulier de lettres, et ce serait bien aussi que j'arrête de fantasmer sur lui sous l'unique prétexte qu'il est mon prof particulier, parce qu'il affiche quand même un non-style ahurissant, il leur faudrait quelques gay à l'ENS pour des cours obligatoires d'apparence, je verrai ça quand j'y serai.

Enfin, le Toulousain va parfois très loin dans l'insulte au style aussi, lors du dernier séjour il m'a souvent fallu toute ma force de persuasion menaçante (niveau 0.8 sur l'échelle du Parrain) pour l'empêcher d'enfiler un genre de polo probablement importé du royaume des aveugles, aux rayures radioactives pour quiconque possède des yeux et en a un peu lu le manuel. (Je suis très difficile en rayures) (Cela dit, rendons à Brutus ce qui est à César, surtout maintenant qu'il n'y a plus de droits de succession : il a quand même mis, le dernier jour, un haut col V à capuche et rayures et woah, mais vraiment, dangereusement sexy, du genre que ce n'est même plus un appel au sexe tellement la ligne est perturbée, du genre qui réveilla en moi des instincts longtemps enfouis, tels que faire la vaisselle. Je suis même pas sûr qu'il s'en rendait compte - il refuse de se rendre compte qu'il est beau, ça doit être pareil pour les fringues)


Je postais pour parler de Magnolia, film de P.T. Anderson que je viens de voir, seul - le fait est assez singulier pour être souligné : je n'aime pas voir de films seul, mais il me semble, me connaissant, que c'était pour trouver un prétexte pour ne pas appeler le Toulousain ce soir-là non plus - le film dure trois heures, le temps de le finir il était trop tard. (J'ai envie de lui parler, mais j'ai peur. Raph a lutté à moitié sérieusement pour que le bordélisme soit reconnu comme un handicap à prendre en charge par la société ; la téléphonophobie le mériterait aussi, on n'a pas idée à quel point ça isole.)

Magnolia, film au titre improbable, je l'ai commencé très détaché, très absent, mais il m'a tout de même fait monter les larmes aux yeux. C'est le genre de film qui commence en couille, donc qui ne peut plus y partir. Avec plein d'imprécis, plein d'inexpliqué, plein de vrai.

Il m'a beaucoup touché, mais le problème, c'est que le vrai, au cinéma, c'en est plus. Alors la scène où Philip Hoffman implore "This is the scene where you're helping me", merci bien. (Surtout qu'il est moche.) Notre film il est tellement vrai que même quand on dit que c'est du cinéma eh bah ça le rend vrai. Oui oui oui. Pareil pour l'enchaînement de coïncidences et d'imbrications : jouez la veine à fond depuis le tout début et faites genre c'en est pas pour que ç'ait l'air d'en être, puis arrosez le tout d'une délicate pluie de grenouilles, les spectateurs trouveront ça trop logique.

Quoiqu'il en soit, les acteurs sont incroyables.
Ce film m'a réconcilié avec Tom Cruise ("What am I doing? I'm quietly judging you.") ;
je n'ai jamais autant approché la peur de la mort (que j'ai encore la chance d'ignorer) qu'avec le jeu de Jason Robards ;
et William H. Macy m'a vraiment fait penser à moi :
"My name is Donnie Smith, and I've got lots of love to give."
"I'm sick and I'm in love. [...] I confuse the two, and I don't care."
"I love you, Brad, Brad the bartender. Will you love me back? I'll do good to you."
"And NO, it is NOT dangerous to confuse children with angels!"
"I've got so much love to give... but I don't know where to put it in."
...oui, c'est le gay, évidemment. Tss.
Et puis évidemment, il y a Julianne Moore. J'avais complètement oublié que c'était l'Aristo qui m'avait parlé de ce film, en me montrant la sublime scène où elle pète les plombs dans la pharmacie (avec n'importe quelle autre femme, le final sur "Suck. My. Dick." aurait été ridicule).

Donc le conseil de l'Aristo, suivi à partir de mon complexe face à Atreides, qui me fait vraiment sentir comme une merde tellement je suis rien du tout cultivé face à lui. Faible je suis. Je me demande vaguement si ma famille était présente lors de la distribution de dignité (le neuvième jour après la création, un mardi), parce que manifestement c'est pas une spécialité familiale, hein.


...Ah, il semblerait que j'héberge à nouveau des gens curieux, je vais donc remettre les louanges atreidesques à un peu plus tard (surtout que ma copine coiffeuse était partie et que j'ai dû aller à côté et qu'on dirait une lesbienne chauve) (non, rien)

mardi 31 juillet 2007

This Is Not a Love Song

Questionnaire honteusement dérobé chez Raph parce qu'il m'avait l'air excellent, et que j'ai toujours eu envie de faire ce genre de questionnaires inutiles.

Allumez votre baladeur iPod winamp iPod avec toute votre sélection et lancez la lecture aléatoire
Appuyez sur “suivant” pour chaque question.
Utilisez le titre de la chanson comme réponse même si ça ne veut rien dire. Pas de tricherie !
Commentez la réponse en faisant le lien avec la question.
Filez le boulet à 4 personnes.

Promis, j'ai pas triché, sauf que j'ai un peu ignoré les bandes-son de jeux vidéos dont tous les titres sont creux ou bien en japonais, ainsi que la plupart des chansons d'electro, parce que genre Passion, Clear, Always ou Days Go By, ça sert à rien et puis ça fait pas rêver.


1. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
Klaus Badelt (Pirates of the Carribean Soundtrack) – Skulls and Crossbones
Oui, je me sens un peu mort, aujourd’hui.

2. Irez-vous loin dans la vie ?
The Dresden Dolls – The Perfect Fit
Ce qui peut vouloir dire, ou que j’aurai parfaitement les qualifications requises pour répondre à toutes les attentes de la vie, ou que je rentrerai parfaitement dans le moule comme un mouton en pâte à modeler. Hmmm. Ou alors je serai une poupée punk ?

3. Comment vos amis vous voient-ils?
Céline Dion – Declaration Of Love
(Il me loupe pas, l’ordre de lecture aléatoire) …Eh bien, comme je préfère éviter de penser que mes amis me voient comme une chanteuse québécoise, on va dire qu’ils estiment que je pars trop dans mes tirades enlevées, et que je lis trop de Barbara Cartland, et aussi que je tombe tout le temps amoureux, ce qui, par contre, est vrai.

4. Allez-vous vous marier ?
Yo La Tengo – Watch Out For Me Ronnie
Je vais donc me marier avec Ron Weasley

5. Quelle est la chanson emblème de vos meilleurs amis ?
Taking Back Sunday – Follow the Format
En plus de suivre le format que la société leur impose, ce qui n’est pas très punk, ils ont pas super bon goût, ils écoutent de l’emo qui pue (et ils vont ramener le dimanche, je vous demande un peu, on est à peine mardi.)

6. C’est quoi, l’histoire de votre vie ?
The Libertines – Don’t Look Back Into the Sun
L’histoire de ma vie, c’est que je dois pas me retourner vers le passé, les souvenirs aveuglants qui brillent me brûleraient les yeux sur mon chemin de terre, tout ça parce que des fois je je suis libertine, je suis une catin

7. C’était comment, le lycée ?
Marilyn Manson – Scabs, Guns and Peanut Butter
Trois années de pure trépidance, donc.

8. Comment pouvez-vous avancer dans la vie ?
David Bowie – Boys Keep Swinging
Ben en dansant, tiens, comme tous les garçons !

9. Quelle est la meilleure chose à propos de vos amis ?
The Beatles – Help
La meilleure chose à propos de mes amis, c’est que quand je leur demande de l’aide, ils me répondent, la réponse viendra, petit scarabée. (j'aurais bien aimé un peu de Justice, là, pour le coup)

10. Quoi de prévu ce week-end ?
Lostprophets – Rooftops
Je pensais me balader un peu sur les toits

11. Pour décrire vos grands-parents?
Faithless – Insomnia [Blissy & Armand Van Helden 2005 Re-Work]
Ils sont insomniaques, sans foi (sauf une) ni loi (sauf deux), et sont très remixés.

12. Comment va votre vie ?
Good Charlotte – Predictable
Elle est toute prévisible (je veux pas dire mais je crois que mon iPod veut me filer subrepticement un méchant coup de déprime)

13. Quelle chanson jouera-t-on à votre enterrement ?
Françoise Hardy – Nous Tous
On rigolera bien, à mon enterrement : « ahaha, on va tous mourir comme lui »

14. Comment le monde vous voit-il ?
Bullet For My Valentine – The Poison
Euh…

15. Aurez-vous une vie heureuse ?
Tokio Hotel – Rette Mich
Je sais pas si l’apparition de Tokio Hotel à cet instant précis est particulièrement de bon augure quant à l’heureusité de ma vie. Les paroles font genre « Viens et sauve-moi, Je ne m’en sortirai pas sans toi, Viens et sauve-moi, Ça brûle au fond de moi », c’est vraiment méga encourageant

16. Qu’est-ce que vos amis pensent vraiment de vous ?
Elvis Presley – Ready Teddy
Mes amis pensent que je suis un petit nounours toujours prêt à…hm.

17. Est-ce que les gens vous désirent secrètement ?
Paris Avenue [ft] Robin One – In My Mind
Dans ma tête, oui, hahaha (ouin)

18. Comment me rendre moi-même heureux ?
Mylène Farmer – L’Amour n’est Rien
Ça devient carrément philosophique, là. Et flippant par le fait.

19. Qu’est-ce que vous devriez faire de votre vie ?
Kyo – Le Chemin
Je devrais parcourir le chemin, je devrais tenir la distance…

20. Aurez-vous des enfants un jour ?
Émilie Simon – Rose Hybride de Thé
Alors là… J’aurai une fille, que je nommerai Rose un soir de dépression cynique, et comme je suis assez peu procréateur, son autre parent sera en réalité un sachet Twinings. Il est probable que je ne lui annoncerai ce lourd fardeau génétique qu'à sa majorité, et qu'elle devra donc longtemps refouler sans comprendre ses pénibles pulsions sensuelles envers les petites cuillères.

21. Sur quelle chanson vous feriez un strip-tease ?
Scissor Sisters – Laura
Admettons. Et donc ? Probable que la dénommée Laura viendra se plaindre d’utilisation infamante et non déclarée de copyright en situation dégradante.

22. Si un homme dans une camionnette vous offrait un bonbon, que feriez-vous ?
Jean-Jacques Goldman – Pas L’Indifférence
Il ne me laissera pas indifférent. (Ce qui m’étonne, parce que moi, d’habitude, les camionneurs, pas du tout)

23. Qu’est-ce que votre maman pense de vous ?
Britney Spears – One Kiss From You
Elle pense, comme toutes les mamans, que je ne lui donne pas assez de bisous, et que j’écoute de la musique de merde

24. Quel est votre plus sombre secret ?
Claude François – Le Lundi Au Soleil
Je l’avoue, quelquefois, aux tréfonds de mon stupre et de ma déchéance… j’écoute Claude François.

25. Quelle est la chanson emblème de votre ennemi mortel ?
Pen Of Chaos – Naheulbeuk, Épisode 14 : Dans Lequel On Chaussette, On Tabasse…
Finkielkraut, en fait, c'est carrément un marrant.

26. Quelle est votre personnalité ?
Manau – Panique Celtique
Je suis en réalité un wesh breton que tout le monde a un peu oublié

27. Quelle chanson jouera-t-on à votre mariage ?
Louise Attaque – J’t’emmène au Vent
Si c’est pas romantique… Ron va adorer.


Je ne refile pas spécialement ce questionnaire puisque je me le suis pris tout seul, alors bon. Mais si Blacky entre deux malades, Levia entre deux dessins ou Sinou entre deux glaces ont envie de s'y pencher, j'aimerais bien savoir ce que ça donne, surtout que je les ai jamais vues en remplir un seul.

Edit : Ah et au fait :


dimanche 29 juillet 2007

Bruits de Putes qui Trouvent et Pillent

No censure, No censure, No censure for you

Il a été tout récemment découvert qu'une blogueuse aux complexes dévorant ses neurones se plaît à dérober sans remords et sans discontinuer ses poèmes et prouesses à l'ensemble de la blogosphère.

Depuis quelque temps, l'odieuse superchérie s'amuse et se gargarise de sa réussite, s'affiche, fallacieuse, et se fausse face aux fans, se vautre déliquescemment dans sa gloire transparente, s'esbaudit - sans aucune censure, donc - dans ses six vergers innocemment et intégralement copicollés de-ci de-là.

Il se trouve que l'un des spoliés ébahis est notre Raph national (bon, pas de notre nation, mais l'idée y est), entre autres auteur du fort célèbre Bon Pour Ton Poil, co-auteur du blog de Dieu, initiateur d'un fantastique faux-rhum au moins aussi inutile que la plupart des autres, journaliste suisse à ses heures, et mon idole humoristicolinguistique.

Votre envoyé spécial sur les lieux est parvenu à interviewer Raph quelques secondes afin de nous donner son avis sur la malandrine. Avec une certaine réserve, le propriétaire des armes de nombreux meurtres par crises de rire a qualifié celle-ci de «connasse», «salope» et «putasse». Bien que l'intention demeure semblable, j'aurais, à sa place, plutôt employé « pouffiasse ».

La rédaction reste dépourvue de tout moyen d'embêtage geekesques tels que le hacking en douceur ou la dynamite par chronopost, et possède d'autre part assez peu de connexions avec les hauts lieux blogosphériques, mais tient infiniment à rappeler le talent dans l'humour et dans la plume de cet homme pourtant suisse (et chez qui votre envoyé spécial est accessoirement serial commentateur en chef).

Raph fut le premier à brillament démontrer qu'un blog, c’est une cyberporte de frigo, et de même, certaines mélodies à l'appui, à préciser que ce ne sont pas les encyclopédies qui se cultivent, mais les pommes pommes pommes. Ses innombrables trouvailles de virtuose lui valurent la renommée et les fidèles, mais ne le protégèrent pas du plagiat qui frappe tous les arts à notre époque, les valeurs se perdent au fil des générations, il y a des jeunes partout et où va le monde je vous le demande. (Quoique non, je ne vous le demande pas, ne répondez pas.) Visionnaire, il avait d'ailleurs déjà émis l'idée que la critique de la raison pure est aisée, mais l’arrêt de bus est quand même loin.

À l'occasion de ce tragique événement, et en guise de rituel purgatoire, je publie un sonnet régulier en alexandrins et acrostiche, rédigé il y a quelques mois à l'intention de Raph, lorsque celui-ci avait osé s'absenter près de quinze jours et poster à nouveau ensuite, comme si les presque trois cents commentaires le réclamant n'étaient qu'une amusante frivolité pour passer le temps. (Alors que pas du tout.)

Un sonnet d'amour, donc.


Bien des mages de l’art, enchanteurs de la langue,
Ont tenté d’imiter le charme de tes mots ;
Nul cependant n’atteint le ton de tes harangues
Pour lequel tant de fans t’envoient à l’échafaud !

On te lit en riant taper sur Indochine,
Une autre fois conter tes déboires de geek,
Ridiculisant Kyo, ou d’autres androgynes :
Tout ton blog est l’amant de nos zygomatiques.

O subite agonie ! O traîtrise soudaine !
N’as-tu, en nous laissant pendant ces deux semaines,
Pas culpabilisé, en te prélassant seul ?

O Raph il ne faut pas délaisser tes fidèles,
Ils ont besoin de toi face à Tokio Hotel ;
Le rire n’est pas tout, c’est aussi toi qu’ils veulent.


Longue vie à Bon Pour Ton Poil, et mort aux hérétiques.

EDIT de 11h37 : l'odieuse a autodétruit son blog dans la matinée (d'où le lien mort), et comme le dit Raph, s'en repart recommencer joyeusement ailleurs. Il n'empêche que l'action BPTPienne a temporairement pulvérisé l'hérétique.